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La malédiction des Pharaons (1959)
Les deux visages du docteur Jekyll (1960)

Saga Hammer

L’homme qui trompait la mort (1959)


L'HOMME QUI TROMPAIT LA MORT
(THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH)

Résumé :

Alors qu’il a l’air d’avoir 35 ans, le docteur George Bonner en a 104 réellement. Ceci grâce à des opérations glandulaires effectuées tous les 10 ans. Or, l’échéance se rapproche et le médecin qui doit l’opérer lui annonce qu’il ne le fera pas.

Critique :

Film méconnu de la Hammer, The Man who could cheat death est une réussite complète. Il mêle au sein d’une même intrigue des inspirations venus de deux chefs-d’œuvre du fantastique anglais (et de la littérature tout court) ; Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et L’étrange affaire du docteur Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson. Du premier, il emprunte le thème de la jeunesse éternelle. Du second, l’usage d’une drogue pour contenir les ravages du temps et qui a de fâcheuses conséquences psychologiques. Qu’en plus d’être médecin (bien qu’on ne le voie jamais pratiquer), Bonner soit un artiste et un sculpteur en particulier rajoute une dimension particulière autour de l’idée de création.

D’une durée de 83 minutes, ce film réussit ce que bon nombre de films plus récents ne savent pas faire en moins de 3 heures : raconter une histoire, poser des personnages, les faire vivre et tenir en haleine le spectateur. Aucun temps mort, aucune longueur, même si la fin est évidemment un peu raccourcie. L’histoire est simple : pour rester en vie, George Bonner doit être opéré mais son habituel médecin ne le peut plus et, pire, ne le veut plus. Un dialogue palpitant oppose l’homme qui n’a pas peur de la mort et celui qui ne veut pas mourir. Pour que l’opération ait lieu, Bonner doit trouver un autre chirurgien. Ce sera Pierre Gerrard qu’il saura persuader. Le film concentre son action sur deux jours et deux nuits et n’utilise que quatre personnages principaux auquel on peut ajouter l’inspecteur de police dans un second rôle qui apporte une tension supplémentaire.

Il y a également peu de décors et aucun extérieur. En effet, l’essentiel de l’action se déroule dans l’atelier ou le bureau de George Bonner avec quelques scènes dans le bureau de Gerrard. Cela donne parfois des allures quelque peu théâtrales au film mais sans lui porter préjudice car cela renforce le côté tragique de l’histoire et donne un sentiment d’enfermement angoissant. De plus, le spectateur peut ressentir que le temps est compté pour Bonner dont la terreur de plus en plus grande craquelle petit à petit le masque mondain.

Peu d’acteurs donc mais des bons. Anton Diffring incarne excellemment le monstre qu’est devenu George Bonner. Parfois un peu lisse, l’acteur est bien meilleur quand il doit abandonner l’aspect d’homme du monde pour laisser éclater la violence de Bonner. Il ne démérite pas dans l’émotion et la scène qui l’oppose à Anton Marle est un des clous du film. Ce dernier incarne le docteur Ludwig, ami de longue date et chirurgien attitré de Bonner. Chez la Hammer, les savants sont souvent fous mais Ludwig est un cas rare, sinon unique, de fou repenti. L’âge donne de la lucidité dit-il et il voit ce que Bonner se refuse à voir. Mais il fait rarement bon contrarier les fous furieux…A cette époque, Christopher Lee écumait les seconds rôles chez la Hammer mais celui de Pierre Gerrard est un de ses meilleurs parce qu’il représente la figure du savant ayant une conscience, des principes et une éthique. En plus d’avoir des sentiments pour la femme qui lui préfère George Bonner mais, dans ce registre, il n’est guère plus convainquant qu’il ne le sera dans Les deux visages du docteur Jekyll en 1961. Pourtant, les beaux yeux (s’il n’y avait que cela…) d’Hazel Court vaudraient bien une messe. Celle qui joua l’épouse trompée du baron Frankenstein dans le premier volet de la saga est ici Janine, qui est éperdument amoureuse de George Bonner. Certes en second plan, elle pèse néanmoins sur l’action puisqu’elle est à l’origine de la décision fatale de George Bonner.

Fait inhabituel pour un film de Terence Fisher, il n’y a pas de sang ! En revanche, il anime avec maestria ce qui aurait pu virer au théâtre filmé mais qu’il rend très vivant. On notera aussi sa grande pudeur puisque, dans l’atelier de Bonner, il filme Hazel Court qui pose nue soit de dos et d’assez loin soit il la coupe au niveau des épaules ! Mais, dans ce choix, réside un certain érotisme. Est-il besoin de voir pour savoir ? 

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Anecdotes :

  • Scénario : Jimmy Sansgter d’après une pièce de Barre Lyndon

  • Réalisation : Terence Fisher

  • Le film est aussi connu sous le titre de « L’homme qui faisait des miracles ».

  • Le film n’est sorti en France qu’en 1997 au festival de Cherbourg.

  • Hazel Court a joué la scène de sculpture Anton Diffring totalement nue dans la version européenne, contrairement aux versions britannique et américaine.

  • Anton Diffring était le second choix pour le rôle de Georges Bonner, après que Peter Cushing l’ait refusé peu de temps avant le début du tournage pour raison de santé.

  • Le titre ne fut choisi qu’à la fin du tournage et la Paramount le distribua comme film de soutien de double programme.

  • Mécontente de ne pas avoir eu Peter Cushing comme James Carreras s’y était verbalement engagé, la Paramount mit 13 ans à revenir vers la Hammer.

  • Sous le titre « Association avec le titre dramatique », le dossier de presse suggérait des opportunités publicitaires toutes susceptibles d’exploiter la phrase d’accroche : « L’homme qui pouvait tromper la mort s’est condamné par excès de confiance…Ne faites pas comme lui ! » En novembre 1959, le Kinematograph Weekly révéla que l’idée avait trouvé un débouché inattendu avec la campagne de la sécurité routière : « The man who could cheat death outsmarted himself. You could be smarter be a better driver ».

  • Anton Driffing/George Bonner : acteur allemand (1918-1989), vu au cinéma dans Les bérets rouges (1953), Les indomptables de Colditz (1955), Le cirque des horreurs (1960), Le crépuscule des aigles (1966), Fahrenheit 451 (1966), Quand les aigles attaquent (1968), Un dénommé Mister Shatter (1974), Tusk (1980), A nous la victoire (1981), Les prédateurs de la nuit (1988). Il a également tourné pour la télévision : L’homme invisible (1959), Alias le baron (1966), Angoisse (1974), Inspecteur Derrick (1981, 1984,1987), Docteur Who (1983).

  • Arnold Marle/Ludwig Weiss : acteur britannique né à Berlin (1887-1970), vu au cinéma dans différentes productions allemandes de l’entre-deux-guerres (carrière débutée en 1919) dont Machiste et la créôle (1922) puis dans J’ai visité l’enfer (1944), Le mystère du camp 27 (1949), Le redoutable homme des neiges (1957) ; à la télévision entre autres dans The new advendtures of Charlie Chan (1957), The invisible man (1959), Chapeau melon et bottes de cuir (1961)

  • Francis De Wolff/inspecteur Legris : acteur anglais (1913-1984), vu dans L’invincible armada (1937), Les amants du Capricorne (1949), Le vagabond des mers (1953), Moby Dick (1956), Le chien des Baskerville (1959), Les deux visages du docteur Jekyll (1960), Bons baisers de Russie (1963). Il a aussi tourné pour la télévision : Robin des bois (1957), Chapeau melon et bottes de cuir (1961), Docteur Who (1964, 1965), The Troubleshooters  (1966), Le Saint (1967), Paul Temple (1971), Les Rivaux de Sherlock Holmes (1973), Jésus de Nazareth (1977).

  • Biographie d’Hazel Court dans Frankenstein s’est échappé.

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