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Un éléphant ça trompe énormément (1976)La Septième Compagnie au clair de lune (1977)

Comédies françaises Années 70

Nous irons tous au paradis (1977) par Sébastien Raymond


NOUS IRONS TOUS AU PARADIS (1977)

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Résumé :

Etienne tombe malencontreusement sur une photo de sa femme en train d’embrasser un homme. Il va mener l’enquête sur cette incroyable infidélité. En parallèle, le cours de la vie de ses amis suit son cours agité.

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Critique :

Un an après le succès de l'éléphant l'équipe Yves Robert / Jean-Loup Dabadie remet le couvert avec les mêmes ingrédients et ils parviennent à tenir la gageure de créer quelque chose d'aussi intense, heu... sinon plus. Appuyés sur les personnages devenus familiers, les auteurs décident de passer à la vitesse supérieure dans l'aspect dramatique. Il y a même quelques moments de gravité extrême.

Pas seulement cette incroyable scène à la gare où le malheureux Simon (Guy Bedos) s'effondre, un moment toujours bouleversant, qui secoue, rehaussé par le jeu pudique et malin de Bedos, cette main accrochée à la porte du wagon, ces petits couinements de douleur, une scène qui fait mal. Je ne me souvenais pas de pareille puissance. Ça m'a cueilli. J'ai esquissé un portrait de ce personnage très touchant dans la chronique d’Un éléphant, ça trompe énormément. Je vais ici le préciser, notamment dans la relation avec sa mère. Simon apparaît à bien des égards comme le personnage le plus enfantin, maintenu par sa mère à son rang de petit, mais aussi dans sa manière de fuir la réalité (le manque de courage physique, les relations sexuelles adultérines, inabouties et cachées forcément, l'aspect lunaire aussi, un peu à côté de la plaque, l'hypocondrie, etc.). Il est maintenu dans cet état par sa mère qui ne l'autorise pas à devenir un homme. Ce n'est qu'après sa mort qu'il apprend qu'elle avait acheté son caveau en Bretagne, ce n'est que tardivement qu'il apprend qu'il a des lingots d'or à la banque, etc.

C'est encore un personnage qui ressemble, je ne sais si je l'ai déjà évoqué, au dernier de la bande de copains dans "Les copains", un film prémonitoire, exquise esquisse d'Yves Robert avec un rôle de naïf pour Guy Bedos, déjà. Bedos notait dans les bonus qu'il avait une relation particulière avec Yves Robert, un peu filiale, et que cela s'en ressentait dans les éléments du rôle. De même, il faisait le lien entre sa relation avec sa propre mère et la relation Simon / Mouchi. D'autant que Yves Robert connaissait la véritable mère de Guy Bedos, lequel n'a pas manqué dans certains de ses sketchs de dépeindre une relation hautement plus conflictuelle et cruelle que celle décrite dans le film. Mais bref, Yves Robert s'est sûrement inspiré de cette relation pleine de souffrances et de violences morales pour brosser un portrait mère / fils juifs des plus violents.

Mais Yves Robert dans son souci de justesse et surtout d'humanité, de tendresse envers ses personnages ne pouvait pas se contenter décrire cette violence sans en proposer un regard plus profond, sans en donner une sorte de justification. Il lui fallait montrer la vraie nature de la relation, au-delà des ornements du spectacle que nous livrent les deux personnages. Au-delà du premier abord, il y a une réelle et profonde relation d'amour. C'est pourquoi Simon est avant tout un fils qui aime sa mère malgré l'état infantile dans lequel elle l'enterre ET dans lequel il se laisse enterrer. La relation est autant sadique que masochiste. 

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Pourquoi vit-il à deux pas de portes de sa mère, sinon pour la laisser maîtriser sa vie ? Il y a une dépendance que la souffrance de ne pas pouvoir grandir ne parvient pas à détruire. Le nœud, le lien œdipien est fait d'un si gros cordon ombilical que la violence de la douleur n'est pas en mesure de nuire à leur relation de dépendance. Seule la mort peut libérer Simon. Pas étonnant qu'il pleure, qu'il couine comme un bébé qui naît et prend sa respiration. C'est une douleur terrible. Notez les yeux embrumés de Victor Lanoux, les visages atterrés de Jean Rochefort et de Claude Brasseur, les larmes de l'amante. Le spectacle Michou est terminé. Le rideau est baissé. Et on est d'autant plus attristé qu'on découvre ce qu'on pouvait subodorer : Simon aimait sa mère. C'est pourquoi il continuait à entretenir cette relation castratrice.

De l'étonnement du spectateur de découvrir ce fils malmené, maintenant ravagé par les pleurs naît une sorte de choc que les comédiens par leurs mines défaites amplifient, que les dialogues magnifient "Étienne veut te dire que ta maman est morte", auquel la mise en scène avec ce bras accroché comme à une bouée de sauvetage, avec ce torse que Bouli offre aux coups de Bedos (vas- tape, tapeuhh!") donne une dimension physique d'une émotion sublime.... J’étais au bord des larmes. J'étais complètement dedans. Dans le pathos. Et ravi quelque part que ça ne déborde pas en mélo larmoyant, grâce à cette pudeur extrême que Bedos parvient à sauvegarder en fuyant le champ de la caméra, grâce également au rythme de la scène en rupture totale avec le reste du film. Un moment massue. Superbement écrit.

Si le personnage de Simon est beaucoup plus entouré des attentions des scénaristes que dans le premier opus, les autres personnages n'en sont pas moins choyés. Claude Brasseur continue malheureusement à souvent faire la tête, ne parvenant pas à vivre avec sérénité son homosexualité. On le voit parader avec de superbes créatures à son bras. Il se force. Il lutte. Bravement, il va même jusqu'à se convaincre qu'il peut être amoureux d'une femme au point de l'épouser, une Gaby Sylvia assez virile pour lui plaire. Les scènes du mariage raté sont très belles. On y découvre Danièle Delorme plus impliquée que jamais dans la bande des hommes. Je suis encore plus étonné par la richesse du personnage de Daniel (Claude Brasseur) et la profondeur, la délicatesse, la tendresse de Brasseur et le don qu'il fait dans son interprétation. Il est majuscule sur ce film, comme sur le précédent. C'est quand même prodigieusement remarquable à quel point Dabadie et Robert parviennent à hisser ce personnage déjà très riche dans le premier film. Magnifique.

Victor Lanoux souffre toujours autant mais de l'égo. Résolument père de famille gâteau, aimant et chaleureux, les tracas conjugaux vont de mal en pis. Ses mésaventures, si elles ne sont pas aussi tendues et dramatiques que pour ses copains ne font pas toujours sourire non plus. Le gars est sympathique et surtout pathétique. Il morfle. M'enfin, peut-être fallait-il qu'il s'attende à pareils retours de bâton.

Je suis encore sous le charme de ces dialogues merveilleux, petits bijoux, sonnants, percutants, décalés, en rupture ou au contraire complètement dans le sens des personnages. C'est tellement bien écrit, un piquant plaisir d'écoute.

Mais celui qui une fois de plus tient le haut du pavé, reste l'axe central du film, c'est Jean Rochefort. Dans l'éléphant, il était le mari volage. Dans cette deuxième partie, il est cocu. Non, ce n'est pas juste, ce que j'écris là, ce n'est pas Rochefort le personnage principal, mais le binôme conjugal qu'il forme avec Danièle Delorme. Leur couple et leurs pulsions adultérines, l'amour qu'ils se vouent et les tiraillements que subissent leurs fidélités respectives servent de fil conducteur tout le long du film. Rochefort découvre une photo de sa femme compromettante dans ses affaires au début du film. Et se met à imaginer le pire. A la fin, les deux époux rentrent chez eux après avoir dû laisser leurs amants respectifs à l'aéroport. Motus et bouches cousues, on espère que le secret sera bien gardé, car ils s'aiment profondément et ne pourraient souffrir de savoir. C'est un regard à la fois drôle et cruel, mais d'un comique qui n'a que peu à voir avec le traditionnel vaudeville. Yves Robert fait vivre des personnages réels, tendres, capables de mauvaise foi et d'éclats de voix, humains et simples.

Il y a une scène qui m'a peut-être un brin gêné, disons qui a heurté mon souci de crédibilité. Celle de la fin de la grève aéroportuaire, avec le tremblement de terre constitutif au matin, que je trouve un peu trop exagéré, on tombe presque dans la farce. C’est vrai que l’idée est bonne, que le rythme donné à la scène et la façon dont le scénario a amené la situation sont justes. Mais j’ai un peu le sentiment que d’'un coup le film dérape un chouia. Le réalisme s'estompe pour jouer dans la cour des enfants. "On dirait que la maison elle tremblerait tellement les avions passent au-dessus". Dommage. M'enfin c'est là une observation de conquis, du chipotage d'enfant gâté, je le confesse.

En finissant le film je reste abasourdi par la profondeur et la légèreté de ces deux films, ce savant mélange des genres, cette combinaison incroyablement difficile à mettre en place et qui paraît ici d'une simplicité presque ordinaire. Tellement de travail, tellement d'humanité, de sincérité derrière ce diptyque.

Et puis je suis heureux d'avoir revu ces deux films, particulièrement surpris par les sentiments et le plaisir qu'ils m'ont procuré. J'avais gardé finalement un souvenir assez approximatif de ces deux films. Je me le suis remémoré comme deux sympathiques comédies françaises, sans plus. Aujourd'hui c'est avec un autre oeil, plein d'admiration que je l'ai regardé. Une très belle œuvre ! Plus je vois et revois ces films, plus je les aime et mesure la magie de cette somme de talents qu'il a fallu faire coïncider pour pondre de magnifiques films et forger un des plus superbes diptyques du cinéma français.

Anecdotes :

  • Curieusement, entre les deux films, la carrière professionnelle d’Etienne a été bouleversée sans explication : de chef de service dans un ministère, il est passé ici directeur d’une maison d’édition.

  • Le film fut nommé aux Césars 1978 pour le meilleur film, le meilleur décor et le meilleur scénario / adaptation.

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Séquences cultes :

Vous allez rire, c'est une méprise

T'as qu'à nous la refaire au ralenti !

Qu'est-ce que t'as fait mon grand ?

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