Le Retour du RoiUn voyage inattendu (2012)

Saga Tolkien au Cinéma

Présentation Tolkien et la terre du milieu


 I Vie de JRR Tolkien

John Ronald Reuel Tolkien naît le 3 janvier 1892 à Bloemfontein (Etat Libre d’Orange, aujourd’hui en Afrique du Sud). Son père y est pour son travail dans la banque Llyod’s dont il dirige la succursale locale. John est le prénom du grand-père et Reuel le second prénom du père. On ignore d’où vient « Ronald ». En 1895, il revient en Angleterre avec sa mère Mabel  et son frère Hilary (né en 1894) à cause de sa santé dégradé. Son père décède d’une hémorrage en 1896. En 1900, sa mère se convertit au catholicisme, religion considéré comme « étrangère » voire « antianglaise ». Sa famille et celle de son ex-mari lui retire tout appui financier et réprouve publiquement sa conversion. Tolkien restera toute sa vie fidèle au catholicisme. En 1903, une bourse lui permet d’étudier à King Edward, institut privé bien coté à Birmingham. Sa mère meurt en 1904 et ses enfants sont confiés à une tante et soutenu par le père Francis Xavier Morgan. C’est lui qui les installe ensuite chez une dame Faulkner à Birmingham. Tolkien y rencontre Edith Bratt, sa future épouse. Il décroche une bourse vers 1910 pour le collège d’Exeter à Oxford. Il adore l’endroit. En 1913, il demande et obtient la main d’Edith, qui se convertit au catholicisme en 1914. En 1915, il obtient son diplôme avec la mention « très honorable ». Le mariage a lieu le 22 mars 1916. Le couple aura quatre enfants : John Francis Reuel (1917-2003, ordonné prêtre en 1946), Michael Hilary Reuel (1920-1984), Christopher (en 1924) et Priscilla (en 1929). Démobilisé en 1918, il s’installe à Oxford et travaille comme assistant lexicographe. Il collabore à la première édition de l’Oxford English Dictionnary. En 1920, il devient professeur à l’université de Leeds puis directeur du département d’anglais et professeur titulaire (1922). En 1925, il est élu professeur d’anglo-saxon à Oxford. C’est un professeur apprécié de ses élèves, bon conférencier mais il parle vite et fait cours en fumant la pipe ! Quand il ne travaille pas c’est un grand lecteur et un amateur de jardinage. En 1926, il rencontre Clive Staples Lewis, plus connu sous l’abréviation C.S. Lewis, futur auteur des Chroniques de Narnia. Erudit, écrivain chrétien (membre de l’Eglise d’Angleterre), professeur d’anglais à l’Université d’Oxford, il rejoint le club fondé par Tolkien des Coalbiters (groupe de professeur parlant de leurs lectures). En 1937, Tolkien publie Le Hobbit qui est un grand succès. L’éditeur refuse en revanche les textes du Silmarillon. Le public réclame une suite des aventures de hobbits. Tolkien imagine un parent de Bilbon d’abord appelé Bingo puis Frodo(n, en français). En 1945, il devient professeur de langue et littérature anglaise, spécialisé en anglo-saxon. Le Seigneur des Anneaux  paraît en 1954-1955. Tolkien prend sa retraite de l’Université en 1959. Par la suite, il se montre plutôt partisan du concile Vatican II (1962-1965). En 1962, il publie Les aventures de Tom Bombadil. Il participe à la traduction de la Bible de Jérusalem  (1966). Son épouse meurt le 29 novembre 1971 à 82 ans. Sur sa tombe, il fait graver « Luthien », personnage du Silmarillon, la plus jolie jeune fille ayant jamais marché en Terre du Milieu. En 1972, il est anobli commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique. Il décède le 2 septembre 1973 des suites d’un ulcère hémorragique. Il est enterré aux côtés de son épouse et la tombe porte désormais la mention « Beren » l’amant de Luthien.

II L’œuvre de Tolkien

Il se passionne pour les langues nordiques, s’intéresse au finnois (qu’il essaye d’apprendre) et achète des volumes en gallois médiéval. Passionné par la forme et la sonorité des mots depuis que sa mère lui avait donné ses premières leçons de latin. Il se met à inventer son propre langage, d’abord néogothique puis, influencé par le finnois, il crée le quenya. Le sindarin, autre langue elfique, est d’inspiration galloise.

Ses idées étaient antidémocratiques et antirépublicaines. Traditionnaliste, adepte d’Edmund Burke pour qui toutes les inventions modernes méritent d’être dénoncées et qui dénonçait la volonté de la Révolution française de faire table rase du passé. Tolkien était attaché à la monarchie et à la religion catholique.  Il avait une vision platonicienne de la démocratie (La démocratie est un « facteur d’anarchie qui risque de mener à la tyrannie d’un Orc »). Chez Tolkien, le roi est le garant de l’équilibre du monde, celui qui maintient la cohérence de la société. Tolkien a célébré les valeurs féodales, patriarcales et médiévales mais il était surtout un homme à l’imaginaire somptueux qui s’est inspiré du Moyen Age parce que c’est une époque propice à la récupération iconographique. Dans le Seigneur des anneaux, il n’y a ni Dieu ni lieu de culte. Gandalf est un magicien, pas un prêtre.

La pensée raciale de Tolkien est très politiquement incorrecte. Les méchants sont basanés ou olivâtres, louchent, ont de longs bras qui traînent le long des jambes. Les bons, en général, ont le regard clair, l’œil bleu anglais et ils sont grands, blonds ou aux cheveux noirs. Cependant, il rejetait la théorie racial aryenne comme intellectuellement absurde et moralement répugnante. Il en voulait à Hitler d’avoir perverti les idéaux nordiques. Il s’est aussi montré hostile à l’apartheid.

A la mort de son père Christopher Tolkien, désigné exécuteur testamentaire, va s’atteler à la mise en ordre de l’œuvre inlassablement travaillé depuis vingt ans. Il fait ainsi paraître Le Silmarillon (1977), Contes et légendes inachevés  (1980), Histoire de la Terre du Milieu (12 volumes, 1983-1996. Seuls les cinq premiers ont été traduits en français), Les enfants de Hurin  (2007) et La légende de Sigurd et Gudrun (2009).

Le cycle de « La Tour Sombre » de Stephen King est un hommage à Tolkien.

III Naissance et développement de la Terre du Milieu

Le monde de Tolkien est un monde in illo tempore c’est-à-dire situé dans un ailleurs antérieur et meilleur. Son succès vient du fait qu’il a su traduire la nostalgie de l’origine en un temps où tout s’accélérait.

Pour Tolkien, la fantasy incarne l’art narratif par excellence. Une histoire réussie doit offrir au lecteur un « monde secondaire » qui le plonge dans une « croyance secondaire » qui produit le véritable enchantement.

Le Seigneur des Anneaux a été écrit pour l’essentiel durant la Seconde guerre mondiale. Plein d’action et d’aventure, il est aussi porteur d’un message pacifiste. Frodon repousse le pouvoir jusqu’à devenir un saint (il ne connaît d’ailleurs pas une mort terrestre. A l’instar d’Arthur, il part sur un bateau au pays des immortels). Le livre renverse la quête traditionnelle car le but n’est pas de s’emparer de l’anneau de pouvoir mais de le détruire.

Dans sa correspondance, Tolkien a affirmé que son ambition était d’atteindre le statut de mythologie ancrée dans le sol national anglais. Il considérait comme un manque l’absence de toute mythologie proprement anglaise c’est-à-dire une mythologie exprimée dans une mangue nationale et faisant référence à un territoire identifiable. Et l’Angleterre n’est pas la Grande-Bretagne.

Le pays de Rohan évoque un pays médiéval « anglo-saxon ». La Comté serait une Angleterre rêvée par Tolkien hors mécanisation et industrialisation.

[Les Elfes] sont faits par l’homme à son image (…) mais sans les limites dont il sent le plus durement le poids. Ils sont immortels (…) [citation de Tolkien]. Les Elfes de Tolkien sont inspirés des Tuatha De Danann des légendes celtes d’Irlande. Comme eux, ils sont immortels mais ils peuvent être tués. Tolkien adopte la tradition celte ; un immortel ne peut survivre dans le monde des mortels : il n’y reste qu’au prix d’un amoindrissement de sa puissance. En dernier ressort, soit il reste, soit il part pour un autre univers immortel. Tolkien a su créer une civilisation originale et une langue modelé sur le gallois.

« Imaginer la mythologie me plaît (…) » dit Tolkien, « Dès mon plus jeune âge, j’ai été affligé par la pauvreté, sur ce plan, de mon pays que j’aime tant. Il ne possédait pas d’histoire propre (…) présentant la qualité que je désirais (…). ». Il a ajouté : « J’avais dans l’esprit l’idée de constituer un corps de légendes plus ou moins liées, d’une grande ampleur, d’un caractère universel et de l’élever à la hauteur d’un conte de fées romantique (…) que je pourrais dédier, tout simplement, « A l’Angleterre. A mon pays ».

IV L’Anneau Unique et les anneaux de pouvoir

Les anneaux de pouvoir sont le sujet les plus connus de l’œuvre de Tolkien et les plus importants. Ils apparaissent à la fin du Deuxième Age pour disparaître à l’aube du Quatrième après la destruction de l’Anneau Unique. Créés par les Elfes, ils servent à les lier à leur temps, à retarder le passage du temps, à ralentir le déclin. Le rôle primordial des anneaux est celui de l’attachement. Le principe d’attachement est aussi celui du maître et de l’esclave. Sauron initie les Elfes à la fabrication des anneaux et reste à leurs côtés pour imprégner les anneaux de sa volonté. Le terme « de pouvoir » est donc ambivalent.

L’Unique apparaît dans Le Hobbit où Bilbo semble le découvrir par hasard chez Gollum. C’est un simple objet magique sans lien avec le Seigneur du Mal ni même avec le Nécromancien auquel le récit fait rapidement allusion.

Le don d’invisibilité demeure une caractéristique dans Le Seigneur des anneaux, il permet d’accéder à l’invisible (mode des esprits). Il affaiblit son porteur dans le monde réel. L’anneau est alors une extension du seigneur des Ténèbres.

L’anneau symbolise la Tentation : il suscite la convoitise. C’est un aimant maléfique qui attire les créatures à Sauron. Il est la propriété inaliénable de celui-ci. Il recèle l’essentiel des forces de Sauron. Il corrompt plus ou moins celui qui le porte (Isildur, Gollum, Bilbo).

Les êtres indifférents à l’Unique sont rares : Gandalf, Elrond, Galadriel (aucun ne passe l’anneau au doigt car tous ont renoncé au pouvoir). Merry et Pippin ou Faramir échappent aussi à l’anneau car ils sont dépourvus d’ambitions. L’anneau est donc autant un agent extérieur de corruption qu’un catalyseur de pulsions internes.

Tolkien n’aimait pas que l’on compare « son » anneau avec celui des Nibelungen. Celui-ci est gage de leur puissance, une liaison de la volonté humaine et de la nature et donc domination de la première sur la seconde tout en asservissant l’homme au désir de la puissance. Siegfried et Brunehield jettent cet anneau dans le fleuve en signe de renoncement à la puissance.

V Les Hobbits

« Hobbit » est un néologisme de l’anglais moderne basé sur « hole » et « rabbit  soit « trou de lapin »

Selon Tolkien, « les Hobbits sont simplement des Anglais de la campagne rapetissés pour indiquer l’étroitesse habituelle de leur imagination – ce qui n’est pas un manque de courage ni de puissance latente »

Les Hobbits sont la création la plus connue de Tolkien qui se reconnaissait en eux : amour des jardins, des cultures non mécanisées, des arbres, fumeurs de pipes et mangeurs de champignons cueillis dans les champs. Une société simple se contentant de pain, immobile, dépourvu d’administration. Les Hobbits aiment les bonnes choses car ils peuvent s’en passer en cas de besoin.

En Sam Gamegie, Tolkien avait voulu dépeindre l’humble et héroïque soldat de la guerre des tranchées. Sam ne renonce jamais, toujours prêts à se battre pour sauver ou accompagner son maître. Sa volonté de vivre prime tout. Meriadoc « Merry » Brandebouc est d’abord un personnage comique au caractère enjoué. Il joue un rôle important quoiqu’involontaire. Désireux de servir, il est bien accueilli par Theoden (Les Deux Tours) qui en fait un écuyer. Il est à la fois héroïque et humble. Eomer le fera chevalier et il sera ensuite maître du Pays de Bouc.

La plus grande force des Hobbits est leur gentillesse fondamentale. L’humanité est leur essence même et leur âme est pure.

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